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Fille-garçon : un cerveau différent

Fille-garçon : un cerveau différent

Le cerveau des adolescents se développe différemment selon le sexe. Un « film » du développement cérébral, établi d'après des centaines d'images médicales, révèle les différences dues aux hormones.

Sébastien Bohler
© Armin Raznahan
© Armin Raznahan

Quand elles ont entre 9 et 22 ans, le cortex cérébral des filles s’épaissit dans les zones frontales (en blanc), et celui
des garçons dans d’autres zones, notamment celles dédiées à la vision tridimensionnelle (en bleu).

 

Sébastien Bohler est journaliste à Cerveau&Psycho

À l'adolescence, les comportements changent. On dit souvent les filles plus mûres que les garçons, et ces derniers plus turbulents. Ces « dictons » ont-ils le moindre fondement ? Et si des modifications du cerveau en étaient responsables ? Effectivement, sous l'effet des hormones, le cerveau évolue différemment chez les filles et les garçons, conférant des capacités cognitives contrastées.

Jay Giedd, du Centre américain de la santé de Bethesda, a établi le « film » de la maturation cérébrale de 284 adolescents, filles et garçons, âgés de 9 à 22 ans, en rassemblant des clichés irm de leur cerveau. Chaque cerveau a été analysé en plus de 40 000 points permettant de mesurer l'évolution de l'épaisseur du cortex à une échelle inférieure au dixième de millimètre.

Ces données montrent que le cortex des filles s'épaissit comparativement à celui des garçons dans certaines zones clés intervenant dans le langage et le contrôle des émotions. Le cortex des garçons devient plus épais que celui des filles dans des zones dédiées à la visualisation tridimensionnelle et aux opérations mentales, telles les rotations virtuelles d'objets complexes.

Si les garçons adoptent plus de comportements à risque que les filles à l'adolescence, c'est que les parties du cerveau contrôlant la maîtrise des émotions et des impulsions se développent moins. Les différences de comportement observées dans les groupes d'adolescents, où les garçons se défient dans des simulacres de combat ou font des acrobaties à scooter pendant que les filles font mine de les ignorer et sont davantage préoccupées par l'échange verbal, ne sont donc pas des clichés. Elles reflètent l'évolution du cerveau sur des voies développementales différant selon le sexe.

L'étude de J. Giedd a en outre permis d'établir que le degré de maturation de ces zones dépend de l'action des hormones androgènes. Des variantes génétiques font intervenir deux types de récepteurs cérébraux des androgènes, c'est-à-dire deux molécules qui permettent aux androgènes d'agir sur le développement du cerveau. Les personnes ayant la version « à forte activité » présentent une maturation plus accentuée des zones cérébrales de la visualisation spatiale, et chez celles ayant la version « à faible activité », les zones cérébrales de contrôle émotionnel et de langage se développent davantage. L'action des hormones sur le cerveau est une réalité directement observable, et l'acquisition d'un « sexe » par le cerveau ne peut être mise entièrement sur le compte de l'éducation ou de la culture.

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