• email contact@educapsy.com
  • Telephone +(213) 0555555555

المقالات

Génération en danger face aux réseaux sociaux

 

Génération en danger face auxréseaux sociaux

Plus un adolescent a de followers en ligne et envoie de textos, moins il a de contacts humains. Le risque : développer des troubles mentaux comme la dépression et l’addiction.

sur YouTube et à s’amuser à Squarelaxy, un jeu addictif comparable à Minecraft qui lui permet­tait d’être en réseau. En un an, John et Mélanie ont vu leur douce et innocente fille se transfor­mer en une furie aussi grossière qu’agressive. D’où la prise en charge psychiatrique.

L’adolescence est une période de changements critiques pour la plupart des jeunes, et Heidi aurait probablement développé des troubles similaires sans ordinateur. Il est vrai aussi que la majorité des enfants qui utilisent les réseaux sociaux le font de manière responsable, sécurisée et souvent raison­née. Mais un nombre croissant d’études montre que l’immersion dans le monde digital participe au développement d’un large spectre de troubles psychologiques, de la dépression à l’addiction, notamment chez les adolescents.

L’HYPERCONNEXION SOCIALE ET DIGITALE

Les interactions sociales constituent le socle de notre humanité et un facteur clé de notre épa­nouissement et de notre santé. Grâce aux réseaux sociaux, nous sommes « hyper connectés ». Chaque seconde aux États-Unis, plus de 7 500 tweets, 1 394 photos Instagram, 2 millions d’e-mails tran­sitent, et 119 000 vidéos YouTube sont visionnées. En 2016, 30 millions de Français utilisent Facebook chaque mois, 6 millions tweetent, 1 utilisateur sur 2 de Twitter a moins de 35 ans. Nous échan­geons des textos comme si notre vie en dépendait. Au rythme de 69 000 par seconde, selon une étude réalisée en 2012 aux États-Unis, soit plus de 6 mil­liards par jour. À l’échelle mondiale, ce sont ainsi 23 milliards de sms qui sont en circulation chaque jour, soit quelque 8,3 billions chaque année.

Et plus vous êtes jeunes, plus vous envoyez de sms. Selon un sondage en 2011 de l’institut amé­ricain Pew Research Center, les propriétaires de téléphones âgés de 18 à 24 ans échangent en moyenne 109,5 messages par jour, contre 41,5 pour les adultes de plus de 18 ans. L’agence de marketing We Are Social évalue aussi à plus de 2 milliards le nombre d’individus actifs sur les réseaux sociaux, soit plus du quart de la population mondiale.

Cette hyper connexion sociale aurait pu être une bonne chose pour notre espèce. Mais l’expan­sion des réseaux sociaux et des nouvelles techno­logies a un effet sur notre santé mentale. En 2014, le psychologue de l’université de San Diego, Jean M. Twenge, a analysé les données médicales de près de 7 millions d’adolescents et d’adultes amé­ricains et montré que ceux-ci présentaient plus souvent des symptômes dépressifs que dans les années 1980. Les adolescents, en particulier, ont 74 % de risques en plus de souffrir de troubles du sommeil et deux fois plus de risques de consulter

84un psychiatre ou un psychologue. Selon un rap­port de l’Organisation mondiale de la santé (l’oms) publié en 2016, la dépression touche aujourd’hui plus de 350 millions d’individus. C’est le premier facteur d’invalidité dans le monde.

TOUT EST BEAU DANS LE MEILLEUR DES MURS

Bien sûr, l’essor des réseaux sociaux n’explique pas à lui seul l’émergence des troubles dépressifs. De nombreux facteurs interviennent. Mais un lien de cause à effet entre l’usage de ces médias et la dépression existe. En mai 2014, Mai-Ly Steers et ses collègues, de l’université de Houston, ont réa­lisé un sondage auprès de 180 étudiants et montré que plus ils passaient de temps sur Facebook, plus ils étaient enclins à développer des symptômes dépressifs légers. Une tendance qui s’explique en partie par un phénomène psychologique appelé comparaison sociale : comparer sa vie à celle des autres est parfois très « déprimant » dans un monde virtuel où chacun tend à poster sur son mur uni­quement les meilleurs extraits de ce qu’il fait. Dans une étude de 2014, les psychologues sociaux de l’université d’Innsbruck en Australie, Christina Sagioglou et Tobias Greitemeyer, ont découvert une autre explication à cette baisse de moral qui suit un épisode Facebook : les internautes ont le sentiment d’avoir perdu leur temps.

Autre danger : sociabiliser en ligne limite par­fois notre capacité à entrer en contact avec des personnes dans la vie réelle (notamment parce que nous passons trop de temps devant les écrans). Ce qui est d’autant plus inquiétant que notre santé physique et mentale dépend de ces rencontres. En tant qu’êtres sociaux, nous trouvons un but, un sens à notre vie, et éprouvons des émotions via nos interactions sociales et culturelles. L’absence de contact humain adapté et de soutien à des stades critiques de l’enfance provoque parfois des troubles émotionnels et affectifs profonds.

Les réseaux sociaux ont également un impact sur d’autres besoins psychologiques fondamen­taux, dont notre attrait pour la nouveauté appelé néophilie. Comme le souligne l’écrivaineaméricaine Winifred Gallagher, le cerveau est biologiquement câblé pour accueillir la nou­veauté, nous offrant ainsi la possibilité de nous adapter aux changements environnementaux. Mais cette appétence est parfois surstimulée dans une ère de l’information où chaque lien hyper­texte, tweet, sms, e-mail ou photo Instagram peut être perçu comme l’opportunité d’une nouvelle expérience. À l’instar de l’alcoolique qui entre chez un caviste, l’internaute dispose d’une multi­tude d’opportunités nouvelles. D’où une sursti­mulation parfois épuisante.

Et que penser de notre besoin de récompense ? Nous apprécions les activités qui favorisent la libé­ration de dopamine dans notre cerveau. Ce neuro­transmetteur intervient dans le circuit cérébral de la récompense, associé à la motivation et au plaisir. L’évolution nous a conduits, via ce circuit, à préfé­rer les activités bénéfiques pour notre survie, libé­ratrices de dopamine et qui nous font du bien, comme l’alimentation et le sexe. Mais nous avons découvert que le monde digital est aussi source de bien-être et stimule le circuit de la récompense.

Dès lors, à quel moment la technologie numé­rique, à la croisée de nos besoins de connexion, de nouveauté et de récompense, devient-elle toxique ? Lorsqu’on en devient « accro ». De nombreux adultes et enfants sont des rédacteurs de textos et des utilisateurs de réseaux sociaux compulsifs, justement car ces activités répondent à leur envie de nouveauté tout en stimulant le circuit de la récompense. Jusqu’à la dépendance parfois, de sorte qu’ils se retirent alors du monde et s’isolent…

En 2010, Susan Moeller et ses collègues, de l’université du Maryland aux États-Unis, ont demandé à 200 étudiants de se couper de tout média, y compris des sms, pendant 24 heures. Beaucoup ont rapidement présenté des signes d’isolement, de manque et d’anxiété. Un partici­pant explique : « Envoyer des textos ou discuter sur messagerie instantanée me réconforte. Quand je n’y ai pas accès, je me sens assez seul et isolé. » Un second est plus réaliste : « Je suis clairement accro et cette dépendance est maladive. »

DES ADOS ACCROS AUX TEXTOS

En 2015, la psychologue américaine Kelly Lister-Landman, au Delaware County College, et ses collègues ont étudié les habitudes de la géné­ration z : « L’utilisation de textos a augmenté de manière critique ses dix dernières années parmi les adolescents » et de nombreux jeunes présentent des comportements comparables à l’addiction. Tout comme les joueurs de casino, ces adolescents souffrent d’un manque de sommeil dû à cette acti­vité, ont des difficultés à s’arrêter et mentent sur le nombre d’heures passées devant leur écran.

Les chercheurs précisent que la fréquence des messages échangés n’explique pas le trouble com­pulsif. Ce sont plutôt les conséquences que l’acti­vité engendre sur la personne et sa vie : « La com­munication digitale devient compulsive quand l’utilisateur ne parvient pas, malgré ses tentatives, à arrêter son activité, est sur la défensive quand on critique son comportement, et montre des signes de frustration quand il n’y a pas accès. » Selon ces critères, bien que les garçons échangent autant de textos que les filles, l’étude a montré que les femmes ont quatre fois plus de risques que les hommes de développer un trouble compulsif.

Plus surprenant encore : en 2012, en interro­geant 799 Américains âgés de 12 à 17 ans, Amanda Lenhart, de l’institut de statistiques Pew aux États- Unis, a montré que seulement 35 % des jeunes rencontraient encore des amis en face-à-face, alors que 63 % d’entre eux reconnaissaient communi­quer régulièrement par messagerie, avec une moyenne de 167 textos envoyés chaque jour.

TWITTER, ALCOOL, DROGUES, SEXE…

Érosion de la communication directe, addic­tion, et ce n’est pas tout… Kelly Lister-Landman et ses collègues ont aussi découvert un lien entre la communication digitale compulsive et l’échec sco­laire. Par ailleurs, en 2010, une étude de la Case Western University School of Medicine à Cleveland a révélé que 20 % des 4 257 lycéens interrogés étaient adeptes de l’hyper communication digitale, envoyant 120 messages ou plus par jour. Comparés aux adolescents moins accros, ces jeunes avaient alors deux fois plus de risques de boire de l’alcool, 41 % plus de risques de consommer des drogues illégales, 3,5 fois plus de risques d’avoir des pra­tiques sexuelles et 90 % plus de risques d’avoir déjà eu au moins quatre partenaires.

À partir de ces statistiques, peut-on lier l’hyper communication digitale à l’augmentation des troubles du comportement ? Si un individu est un utilisateur compulsif ou dépendant des sms, il présente de fait un trouble du contrôle de ses impulsions. Et a, en général, tendance à répéter ce comportement impulsif dans différentes sphères de sa vie : la consommation de drogues, d’alcool, le sexe. Mais se pose alors la question de la poule et de l’oeuf : est-ce son impulsivité qui l’amène à l’hyper communication digitale ou est-ce cette pratique qui crée ou nourrit son impulsi­vité ? Sans doute un peu des deux.

Selon une autre approche, celle de l’ap­prentissage social, notre comportement est

86conditionné par celui de nos pairs. Que se passe-t-il si j’ai des centaines de proches sur les réseaux sociaux ? J’augmente mes chances d’être exposé à des comportements à risque. En effet, si je suis entouré de cinq jeunes et que l’un d’eux fume du cannabis ou a de multiples partenaires sexuels, son « impact » sur mon propre comportement sera sans doute négligeable. Mais si, via les réseaux sociaux, je suis en contact de centaines de jeunes, dont 30 ou 40 ont de multiples partenaires sexuels et que certains consomment des drogues, l’effet du groupe et de ses comportements déviants sur mes actes sera alors beaucoup fort.

Le monde digital nous influence donc. Pourtant, les réseaux sociaux ne répondent pas à notre besoin profond de nouer de vrais contacts humains. Ce qui émerge aujourd’hui ressemble davantage à l’illusion d’une connexion sociale via un média qui maintient à un haut niveau d’alerte les récepteurs à la dopamine quand nous antici­pons, comme les chiens de Pavlov, la prochaine notification qui, telle une promesse de nouveauté et de plaisir, nous comblera d’un nouveau sms, message instantané, tweet, post sur Facebook…

Il y a plus de vingt ans, l’anthropologue et psy­chologue de l’évolution Robin Dunbar, de l’univer­sité d’Oxford, a proposé une théorie intéressante : nous pouvons entretenir 150 relations – le nombre de Dunbar –, mais n’avoir que 5 amis proches. Car notre cerveau est incapable d’en gérer davantage. Ce chiffre de 150 est la « limite cognitive du nombre d’individus avec lesquels une personne peut entre­tenir une relation stable ». Étonnamment, Robin Dunbar a constaté que ce nombre restait plus ou moins identique au cours de l’histoire.

Les réseaux sociaux ne démentent pas cette théorie. Quand le scientifique Bruno Gonçalves et ses collègues, de l’Indiana University Bloomington, ont cherché à savoir si Twitter avait eu un impact sur le nombre de relations que les utilisateurs maintenaient, ils ont constaté que les individus suivaient durablement entre 100 et 200 comptes Twitter. Le nombre de Dunbar était donc le même.

RIEN NE REMPLACE LE CONTACT HUMAIN

Quant au chiffre 5, il correspond au nombre d’amis qui nous sont vraiment proches, que nous voyons régulièrement et que nous appelons en cas d’urgence, qu’ils aient ou non un compte Twitter.

De fait, les relations en face-à-face ont l’avan­tage de représenter des expériences partagées : quand vous riez ou pleurez avec quelqu’un, quand vous dînez en compagnie d’un ami, le lien social se renforce, ce qui n’est pas le cas dans le monde virtuel. Sur les réseaux sociaux, vous « partagez » et « aimez » avec vos amis Facebook, vous regardez aussi la même vidéo YouTube d’un chim­panzé qui danse, mais ce n’est pas comparable au fait de vivre quelque chose ensemble.

En effet, les contacts humains provoquent en nous des changements physiologiques que Facebook n’est pas près de reproduire. On savait déjà que le toucher corporel chez les primates, très présent pendant les séances d’épouillage, entraînait la libération d’endorphines, les analo­gues naturels de la morphine. Dans une série d’études chez l’être humain, Dunbar et ses collè­gues ont montré qu’un léger contact suffit à acti­ver le système des endorphines, impliqué dans la création des liens sociaux. Notre peau abrite des neurones particuliers, communs à tous les mam­mifères, qui ne sont stimulés que par un toucher léger, comme une caresse. De même que la dopa­mine nous incite à nous alimenter et à nous reproduire, les endorphines libérées lors des caresses favorisent les liens sociaux. Et nos amis sur Facebook n’y peuvent rien : ils ne nous caressent pas, ni ne nous câlinent.

L’ENFANT FACEBOOK SERA-T-IL DÉPRESSIF ?

Robin Dunbar s’inquiète aussi des consé­quences négatives du monde digital sur les jeunes enfants. Des études préalables ont montré que les expériences de la petite enfance sont cruciales au développement de la région du cerveau dédiée à l’interaction, à l’empathie et aux autres qualités interpersonnelles. Si on limite chez les enfants les interactions sociales et les contacts humains pour les remplacer par des écrans, il est possible que cette région ne se développe pas normalement.

Alors comment un « enfant digital » vieillit-il ? « C’est une question fondamentale. Nous attendons qu’une génération entière éduquée autour des réseaux sociaux comme Facebook atteigne la majorité avant de tirer des conclusions. Il est pos­sible que nous soyons moins sociaux dans le futur, ce qui serait un désastre, car, du fait de la mondia­lisation, nous avons précisément besoin de renfor­cer nos interactions », analyse Dunbar. L’individu, qui n’aurait pas de connexions réelles, se sentirait alors marginal et triste. L’illusion d’une connexion ferait donc plus de mal que de bien.

Revenons à la « dépression Facebook », selon laquelle plus un individu a d’« amis » digitaux, plus il risque de développer des symptômes dépressifs. Sans compter sur le second effet digital : plus il passe de temps sur les réseaux sociaux et plus il échange des textos, plus il risque de devenir addict à ces nouvelles technologies. S’il est difficile de cerner l’origine du phénomène dépressif – est-ce la dépression qui incite à naviguer sur les réseaux sociaux, l’inverse, ou les deux ? –, une chose estcertaine : le temps passé sur les écrans accentue le sentiment d’isolement et de déconnexion, comparé aux activités en face-à-face.

L’étude de la Case Western University citée précédemment va encore plus loin, en analysant le phénomène d’hyper connexion, qui correspond à plus de 3 heures par jour d’école passées sur les réseaux sociaux. Plus de 1 lycéen sur 10 répon­daient à ce critère ; tous étaient sujets à des symp­tômes dépressifs plus graves, au manque de som­meil, au stress, à l’échec scolaire ou au suicide. Et tous vivaient dans un environnement familial trop permissif. De même, comme les adolescents hypertextuels, ils développaient des comporte­ments à risque : ils étaient 69 % plus nombreux que la moyenne à avoir eu au moins un rapport sexuel, 60 % de plus à compter au moins quatre partenaires sexuels, 84 % plus enclins à tester des produits illicites et 94 % plus nombreux à avoir déjà pris part à une bagarre.

ÉDUQUER ET CONTRÔLER LES ENFANTS

L’épidémiologiste Scott Frank, principal auteur de cette étude, précise : « Ces comportements devraient être considérés comme un signal de détresse adressé aux parents. Tout comme ces der­niers rendent service à leurs enfants en évitant d’envoyer des textos au volant, il faudrait qu’ils limitent leur utilisation du téléphone et des réseaux sociaux à tout moment de la journée. »

Bien sûr, les sms et les réseaux sociaux, en tant que vecteurs de communication et de connexion sociales, ont leur place dans nos sociétés. Mais si vous voulez des enfants heureux et en bonne santé, ils doivent entretenir des relations en chair et en os avec des personnes qui leur apportent sou­tien et bienveillance. S’il est important pour eux d’avoir un compte Facebook ou un téléphone avec sms, attendez au moins qu’ils soient suffisamment développés pour résister aux addictions aux nou­velles technologies, à la dépression Facebook ou à l’hyper communication sms. Et n’oubliez pas, comme le recommandent les études scientifiques, d’exercer votre contrôle parental, essentiel dans ce nouveau contexte des réseaux sociaux. £

أرسلها إلى صديق