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APPRENDRE À LIRE en quatre mois

APPRENDRE À LIRE en quatre mois ? C’est l’extraordinaire défi que doivent relever les enfants en CP. Comment les connaissances sur le cerveau peuvent-elles aider l’école à favoriser cet apprentissage ?

Depuis la rentrée des classes, plus de quatre millions d’élèves de cours préparatoire (CP) ont commencé à apprendre à lire. Avec leurs professeurs et sous l’oeil attentif de leurs parents chaque soir. L’objectif est que, d’ici Noël, ils sachent (presque) lire ! C’est l’entrée dans le monde de la culture lit­téraire, et plus tard dans celui du travail, qui se joue. L’illettrisme est un handicap à vie. Même à l’heure du numérique, et peut-être encore plus d’ailleurs, l’écriture et la lecture sont des aptitudes capitales. Alors comment favoriser cet apprentis­sage pour le cerveau dès ses premiers pas ou plutôt ses premières lettres ?

L’hypothèse du recyclage neuronal proposée il y a quelques années par le neuroscientifique Stanislas Dehaene, du Collège de France à Paris, est particuliè­rement intéressante. Il s’agit d’une forme de plasticité du cerveau provoquée par l’éducation. Je m’explique. Dehaene a découvert, grâce à l’imagerie par réso­nance magnétique fonctionnelle (IRMf), que l’apprentissage de la lecture est rendu possible grâce à une région ven­trale (ou occipitotemporale) gauche du cerveau, dite « aire de la forme visuelle des lettres et des mots », initialement spécialisée dans la reconnaissance des objets. Ce que nous avons confirmé dans mon laboratoire lors d’une métaanalyse en IRMf portant sur plusieurs centaines d’enfants qui lisaient.

RECYCLER LES NEURONES

Selon Dehaene, dans l’histoire de l’humanité, avant l’apparition de l’écriture et de la lecture – un peu comme au début du développement de l’enfant avant l’âge de 5 ou 6 ans –, les neurones de cette région permettaient exclusivement de reconnaître les objets de l’environnement, comme un arbre, un animal ou un vélo. Puis, sous l’effet de l’éducation et de la pratique intense de la lecture, ces mêmes neurones ont été recyclés pour identifier d’autres « objets », écrits cette fois-ci : les lettres et les mots de la langue, comme a, b, c, d… ou arbre. C’est l’un des plus élé­gants phénomènes de plasticité cérébrale provoqué par un apprentissage culturel intense. C’est aussi ce qui doit avoir lieu dans le cerveau de l’enfant en CP entre la rentrée des classes et Noël ! Ses neurones particuliers qui ne distinguaient que les objets doivent maintenant apprendre à reconnaître les lettres.

En outre, toutes les études en sciences cognitives de la lecture confirment l’im­portance de l’apprentissage systématique des relations entre les lettres et les sons (ou phonèmes). Par exemple, les lettres a, o, é et l ou les groupes comme in et an doivent être associés aux sons correspon­dants. C’est possible grâce à la maturation d’un autre circuit du cerveau dédié aux correspondances grapho-phonologiques (et nommé CGP). Le développement cor­rect de cette région prédit si l’enfant deviendra un expert en lecture. Pour cette raison, il faut privilégier à l’école les méthodes de lecture dites phonémiques ou syllabiques, en adéquation avec les mécanismes fins de décodage du cerveau – en complément, bien entendu, de la compréhension du sens des mots et des phrases. C’est ainsi que le cerveau apprend à déchiffrer chaque mot, car il a besoin d précisions. Il est donc temps de proscrire une fois pour toutes les méthodes fondées sur la seule forme globale du mot.

Les sciences cognitives révèlent aussi l’importance du geste d’écriture : tracer chaque lettre du mot au tableau, sur une ardoise, une feuille ou une tablette tac­tile, tout en l’épelant renforce son organi­sation spatiale et temporelle. La médecin italienne Maria Montessori (1870-1952) l’avait bien pressenti avec ses lettres rugueuses alliant les formes alphabé­tiques à leur exploration tactile fine.

COMMENT DÉCHIFFRERLES LETTRES EN MIROIR ?

Des découvertes récentes portent également sur les mécanismes cognitifs à éduquer pour corriger les erreurs de lecture tout au long de la scolarité. L’algorithme exact que le cerveau doit d’abord apprendre, comme le ferait un ordinateur, est l’alphabet : la série des 26 lettres en français, de a à z. Mais, plus finement, les apprentis lecteurs, comme les experts, doivent toujours éviter de confondre les lettres dont l’image en miroir constitue une autre lettre : b et d ou p et q. Or cela représente une diffi­culté, car le cerveau recycle les neurones de l’aire de la forme visuelle des lettres et des mots, initialement utilisés pour reconnaître les objets. Et un animal, un cheval par exemple, reste un cheval quelle que soit son orientation par rap­port à un axe de symétrie !

Pour discriminer les lettres en miroir, le cerveau doit donc apprendre à inhiber ce biais cognitif, intuitif, qu’on appelle une heuristique. Un chercheur de mon laboratoire, Emmanuel Ahr, vient de mon­trer que les enfants comme les adultes, inconsciemment, doivent toujours résis­ter, face à un b, un d, un p ou un q, à l’heu­ristique de généralisation en miroir – y compris quand vous lisez ce texte ! Il a alors proposé une nouvelle loi de l’appren­tissage : recyclage + inhibition.

Pour apprendre à mieux inhiber l’heuristique, on peut exercer l’enfant, et son cortex préfrontal, avec des exercices présentant des « pièges » que le sujet doit éviter. Sans oublier de s’entraîner à lire un peu tous les jours pour optimiser la mémoire, et de bien dormir pour conso­lider les apprentissages

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