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المشاكل النفسية

L’évolution du langage chez l’enfant De la difficulté au trouble

Introduction

Depuis une trentaine d’années, l’institution scolaire et les professionnels de la santé s’efforcent de prendre la mesure des difficultés rencontrées par certains enfants dans l’accès au langage oral et écrit, et parfois des troubles qui affectent son développement. Cette attention s’explique par l’importance de la maîtrise du langage comme élément fondamental de l’épanouissement de la personnalité de l’enfant, de sa réussite scolaire, de son intégration sociale et de sa future insertion professionnelle.

Pendant cette même période, les chercheurs en sciences humaines, en particulier les linguistes et les psychologues, ont très attentivement étudié l’évolution du langage chez l’enfant. Ces recherches ont abouti à la construction de cadres théoriques délimitant un vaste champ de savoirs scientifiques actuellement largement partagés par les professionnels de la santé et de l’éducation. Mais l’évolution du langage chez l’enfant est un sujet étendu et extrêmement complexe ; certains de ses aspects restent peu explorés et posent encore problème, y compris aux spécialistes du sujet. Dès lors, on peut imaginer les difficultés de compréhension des situations et d’actualisation des connaissances que peuvent rencontrer les personnes non spécialistes, en particulier celles qui travaillent quotidiennement au contact des enfants, que ce soit dans le champ de l’éducation ou de la santé.

C’est justement à ces professionnels de terrain que cet ouvrage s’adresse en priorité. Son objectif est de proposer une synthèse de connaissances et de pratiques sous une forme accessible. Cette perspective implique des choix en termes de forme et de contenu. Sur le plan de la forme, il n’est pas question de discuter ici de la validité de tel ou tel résultat récent de la recherche en neuropsycholinguistique (il s’agit là de l’affaire d’un nombre très restreint de spécialistes), mais plus simplement de proposer des notions consensuelles, pédagogiques et opérationnelles dans les champs de la santé et de l’école. Concernant le contenu, il faut définir des priorités. Certains aspects de l’évolution du langage chez l’enfant nous semblent incontournables dans le cadre de cet ouvrage, d’autres en revanche ne nous paraissent pas avoir le même caractère fondamental : c’est par exemple le cas du bilinguisme qui n’est pas abordé dans ce document. tant donné que le langage est un phénomène qui suppose toujours l’intrication de facteurs développementaux et

acquisitifs, il nous a semblé plus pertinent d’utiliser pour le titre de cet ouvrage le terme neutre d’« évolution » que celui de « développement », qui peut suggérer un processus déterminé surtout par des facteurs internes, génétiques, ou celui « d’acquisition », qui risque de laisser croire à une influence prépondérante de facteurs liés à l’environnement.

Le développement est plus particulièrement abordé dans le premier chapitre où sont résumés les aspects normaux de l’évolution du langage oral et écrit. Le second chapitre,

centré sur les facteurs d’acquisition du langage oral et écrit, aborde successivement les aspects socio-affectifs et pédagogiques. Leur analyse nous a conduit à évoquer lanotion fondamentale de « difficulté langagière ». Une attention particulière a été portée au rôle de l’école qui

intervient en « première ligne » dans les actions de repérage, d’évaluation et de remédiation de difficultés langagières orales et/ou écrites.

Mais les difficultés langagières de l’enfant peuvent également être révélatrices d’un processus pathologique. Dans un tel contexte, la notion spécifiquement médicale de troubles du langage se substitue à la notion de difficultés langagières.

Les troubles de l’évolution du langage, qui font l’objet du troisième chapitre de cet ouvrage, peuvent être secondaires à une autre pathologie (une surdité, par exemple), mais ils peuvent également s’inscrire dans le cadre de troubles spécifiques du langage qui affectent, dans les formes sévères, près de 1 % de la population d’âge scolaire.

Nous verrons qu’il s’agit là d’un réel problème de santé publique impliquant le développement d’actions médicale de dépistage, de diagnostic et d’élaboration de projets

thérapeutiques. Ce problème suppose également la nécessaire mise en cohérence des pratiques cliniques, médicales et psychopédagogiques, dans le respect des identités professionnelles.

Marc Delahaie

 

L’évolution du langage chez l’enfant : de la difficulté au trouble Introduction

Les principales étapes de l’évolution du langage

Dans les sciences de la vie, la variabilité n’est pas une exception, mais la règle. Toutefois, l’évolution du langage oral chez l’enfant est en moyenne d’une remarquable régularité. ہ neuf mois environ, l’enfant comprend des consignes simples ; vers un an, il prononce ses « premiers mots » ; vers dix-huit mois, il organise ses premières combinaisons ; vers trois ans, il utilise les principaux modèles de phrases et les principaux outils grammaticaux (déterminants, prépositions, conjonctions).  Vers l’âge de cinq ans et demi, six ans, l’enfant a atteint un degré suffisant de maîtrise de la langue orale dans ses différentes composantes pour aborder l’apprentissage de la lecture.

L’évolution du langage écrit se déroule quant à elle avec une étonnante rapidité : les principaux savoirs et savoir-faire du lire-écrire sont acquis en deux ans en moyenne. Cet intervalle de temps correspond en France au CP et au CE1.

L’évolution du langage chez l’enfant : de la difficulté au trouble Les principales étapes de l’évolution du langage

I.       Les principales étapes de l’évolution du langage oral

Deux périodes essentielles sont repérables dans l’évolution du langage oral : la période prélinguistique et la période linguistique proprement dite. Leur succession est d’une remarquable régularité ; toutefois, les limites intermédiaires de ces périodes sont relativement arbitraires1.

A. La période prélinguistique

La prononciation des premiersmots émerge en moyenne vers 10-12 mois. Cependant, avant cet âge, le nourrisson est particulièrement actif : il va apprendre à reconnaître les phonèmes2 de sa langue, ainsi que les principaux mots familiers, avant même de pouvoir les prononcer. La période prélinguistique – qui dure en moyenne jusqu’à l’âge de 12-18 mois – constitue ainsi une phase « d’initialisation » du langage oral.

1.         L’apprentissage des phonèmes

L’apprentissage des phonèmes de la langue est lié à une capacité innée de percevoir l’ensemble des contrastes sonores utiles pour la parole. Par exemple, les sons consonnes /b/ et /d/ sont deux phonèmes dont les caractéristiques acoustiques sont très proches. Ces deux sons doivent être distingués en français, ils doivent être perçus de façon « catégorielle » (ils appartiennent en effet à des catégories différentes), sinon on ne pourrait pas faire la différence entre lesmots « dent » et « banc ».

On a pu montrer que le nourrisson de quelques jours est parfaitement sensible à ce type de différence. Plus étonnant, cette capacité a également été observée chez des foetus de 36-40 semaines. On a

aussi observé que les nourrissons sont sensibles aux contrastes phonétiques de toutes les langues. Ainsi, les nourrissons de langue maternelle anglaise sont sensibles à des contrastes phonétiques

utilisés en hindi et en salish (langue amérindienne) mais qui n’appartiennent pas à l’anglais. Les adultes de langue anglaise sont en revanche totalement insensibles à ces contrastes.

Cette capacité à distinguer les contrastes phonétiques de toutes les langues du monde régresse au cours de la première année de vie. ہ

partir de l’âge de six mois environ, les nourrissons vont progressivement

perdre cette capacité à distinguer les contrastes non pertinents pour leur langue maternelle au contact de cette dernière. Une conséquence logique de cette évolution est par exemple que l’adulte de langue japonaise est insensible au contraste phonétique /r/ - /l/ utilisé en françaismais non en japonais (l’adulte japonais ne fait pas de différence « à l’oreille » entre les mots « roue » et « loup », alors que le nourrisson japonais dispose au cours de ses quatre à six premiers mois de vie de cette capacité).  Toutefois, ces aptitudes perceptives contrastent avec un appareil phonatoire qui, chez le nourrisson, n’est que partiellement développé3 qui n’est que partiellement développé. La configuration du conduit vocal (pharynx et cavité buccale) est en effet différente de celle de l’adulte.

1 Les repères chronologiques classiques de l’évolution du langage ne concernent en moyenne que 50 % des enfants. Ainsi, si environ 50 % des enfants prononcent leurs premiers mots vers l’âge de 10-12 mois, certains sont plus précoces, d’autres plus tardifs. Dans certaines limites, ces différences inter-individuelles ne sont pas pathologiques.

 

2 Les phonèmes sont les sons élémentaires de la parole.

La production de la langue orale française exploite une gamme de 36 phonèmes parmi lesquels on distingue 17 phonèmes consonnes, 16 phonèmes voyelles et 3 glides :

  • Les voyelles sont toutes

sonores (exemples : /a/ ou /i/). Leur production est accompagnée de vibrations des cordes vocales. De plus, lors de cette production, l’air ne rencontre aucun obstacle sur son passage dans la bouche.

 

  • Les consonnes sont répartiesen deux séries, l’une sonore

(exemples : /b/ ou /d/), avec vibration des cordes vocales, l’autre sourde (exemples : /p/ ou /t/) sans vibration des cordes vocales.

. Les glides, encore appelés semi-consonnes (ou semi-voyelles), sont phonétiquement très proches des voyelles (exemples : /j/ dans « pion », /w/ dans « roi », /x/ dans « nuit »).

 

3 Par appareil phonatoire, on désigne l’ensemble des organes sollicités pour l’émission des sons de la parole. Aucun de ces organes n’est exclusivement réservé à la phonation. appareil phonatoire ez le nourrisson

Fosses nasales

Trachée

Larynx

Cavité buccale

Poumons

Diaphragme

L’appareil phonatoire

chez le nourrisson le fonctionnement de l’appareil phonatoire est comparable dans son principe à celui d’un instrument à vent.

  • Les poumons fournissent l’air sous pression qui fait alors vibrer les cordes vocales (deux membranes fixées dans la cavité du larynx).

Ces vibrations sont à l’origine de la production des sons qui sont plus ou moins intenses

en fonction de la pression de l’air et plus ou moins aigu en fonction de la fréquence des vibrations (nombre de vibrations par seconde).

  • Le son produit est ensuite modifié : certaines fréquences sont sélectionnées ou renforcées par l’intervention d’organes mobiles (la langue,

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L’appareil phonatoire

chez le nourrisson

La conformation du conduit vocal évolue rapidement au cours des six premiers mois de la vie, puis de façon plus lente pour se rapprocher d’une conformation adulte vers l’âge de deux ans. Ainsi, jusqu’au cinquième ou sixième mois, la progression dans la production des sons est principalement déterminée par des contraintes physiologiques.

Aux vocalisations réflexes (soupirs, gémissements, bâillements, cris…) se mêlent rapidement, selon certains auteurs dès le deuxième mois, des séquences de sons constituées de syllabes « primitives ». Le bébé joue avec sa voix et étend sa « gamme ». On voit ainsi apparaître progressivement des sons très graves et, à l’inverse, des sons très aigus dans des effets de contraste qui touchent également les niveaux d’intensité : des hurlements succèdent à des murmures. En s’exerçant aux mouvements de la glotte, des lèvres et de la langue, le bébé prend ainsi progressivement le contrôle de son appareil phonatoire. Entre quatre et six mois, le babillage du bébé est dit « rudimentaire ».

Vers l’âge de six mois environ, il devient capable de contrôler ses ajustements phonatoires et commence à pouvoir interrompre ses vocalises à volonté. Il entre alors dans une phase dite de « babillage canonique »4. Le respect des contraintes des syllabes de la langue maternelle rend compte du fait que le nourrisson peut à cet âge produire des syllabes simples de type consonne-voyelle qu’il peut grouper pour émettre des suites répétitives (suites de /ba/, de /da/, de /ma/…). On note dans cette période une préférence pour les consonnes occlusives (/p/, /b/, /t/, /d/), les consonnes nasales (ex. : /m/) et les voyelles les plus ouvertes (ex. : /a/).

2. L’apprentissage des mots

Les sons de la langue sont organisés en mots eux-mêmes organisés en morphèmes (les plus petits éléments porteurs de sens).  Ainsi, le mot « danseur » est constitué de deux unités de signification : « dans- » qui indique la nature de l’action et « -eur » qui apporte une information relative au genre (masculin) de l’agent de cette action. Chacune de ces unités est un morphème.

On distingue deux sortes de morphèmes :

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